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« Beaucoup d’éléments ont été balayés dans ce dossier » dénonce Corinne Tanay, la mère de la fillette empoisonnée

« Beaucoup d’éléments ont été balayés dans ce dossier » dénonce Corinne Tanay, la mère de la fillette empoisonnée

La mère d’Emilie Tanay, empoisonnée au cyanure dilué dans son traitement à la Josacine publie un livre inédite ce jeudi 14 novembre 2019. — JOEL SAGET / AFP
  • La fille de Corinne Tanay, Emilie, est morte le 11 juin 1994 après avoir ingéré son traitement à la Josacine empoisonné au cyanure.
  • Jean-Marc Deperrois a été condamné en 1997 à vingt ans de prison dans le cadre de cette affaire pour « empoisonnement avec préméditation ».
  • Ce jeudi, la mère d’Emilie publie « La réparation volontaire », une contre-enquête et un récit de la rencontre avec celui qui, vingt-cinq ans plus tard, clame encore son innocence.

Corinne Tanay prévient d’emblée : « Je ne suis pas là pour clamer l’innocence de Jean-Marc Deperrois mais pour soulever des questions ». Condamné en 1997 à vingt ans de prison pour « empoisonnement avec préméditation » et libéré en 2006, cet ancien adjoint au maire de Gruchet-le-Valasse (Seine-Maritime) réfute toujours son implication dans le meurtre de la fille de Corinne, Emilie Tanay. Ce jeudi, la mère de la fillette
empoisonnée par un traitement à la Josacine contenant du cyanure, publie un livre inédit.

Intitulé La réparation volontaire (Ed. Grasset), l’ouvrage retrace sa contre-enquête méticuleuse bouclée en 2016 après des années de travail. Il comporte des extraits d’entretiens rares menés entre la mère de la victime et l’homme jugé coupable dans ce dossier. Des échanges menés à bâton rompu par l’auteure qui estime aujourd’hui que « la boucle est bouclée ».

Il y a 25 ans, votre fille Emilie décédait après avoir été empoisonnée au cyanure dilué dans de la Josacine prescrite pour soigner une bronchite. Pourquoi et quand avez-vous décidé de publier cet ouvrage ?

Depuis 1994, mon mari et moi-même posons la même question : 
que s’est-il passé exactement le soir de la mort de notre fille chez le couple Tocqueville qui la gardait exceptionnellement ce 11 juin ? A cette question, nous n’avons jamais vraiment eu de réponse.
Ni le procès ni l’enquête n’ont permis d’y répondre. J’ai vraiment commencé à travailler sur le fond du dossier à partir de 1999, après la condamnation de Jean-Marc Deperrois. J’ai rencontré une policière, Brigitte, qui m’a accompagnée dans cette démarche. Elle avait un autre regard sur ce dossier criminel et elle m’a tout de suite aidée à mettre le doigt sur les questions restées sans réponse dans la procédure. L’idée de rencontrer Jean-Marc Deperrois est venue plus tard. L’enquête et ces entretiens sont indissociables pour moi.

Méticuleusement, vous avez repris toute l’affaire. Y’a-t-il eu des manquements lors des investigations selon vous ? Si oui, lesquels ?

La chronologie des faits a été écartée par le magistrat instructeur. Comment expliquer le silence du couple Tocqueville sur le traitement à la Josacine que prenait Emilie lorsque les urgentistes interviennent chez eux ? Pourquoi ont-ils dit au médecin qu’elle avait « peut-être fait une chute dans le grenier ? » Il faudra attendre l’annonce officielle du décès d’Emilie pour qu’ils précisent qu’elle prenait un traitement et pour que le flacon de Josacine soit finalement apporté à l’hôpital.
Beaucoup d’éléments ont été balayés à partir du moment où Jean-Marc Deperrois a été placé en garde à vue et mis en examen.

En 2009, à l’issue d’une 2e requête en révision du procès, vous émettez le souhait de vous entretenir avec Jean-Marc Deperrois. On vous rétorque « Madame, ici nous ne sommes pas aux Etats-Unis ». La France est-elle en retard selon vous en matière de justice réparatrice ?

Oui. La France a plus qu’un train de retard en la matière. J’ai pu le constater quand je suis allée au Canada pour étudier la prise en charge des victimes et les travaux menés là-bas autour du deuil. Nous ne sommes pas avant-gardistes. C’est pour cette raison que je ne voulais pas être encadrée par une association ou par des personnes rattachées à l’institution judiciaire lorsque j’ai décidé de rencontrer Jean-Marc Deperrois. C’était mon droit le plus strict.
Je l’ai donc contacté, je lui ai dit « nous sommes deux adultes responsables », j’ai besoin de vous rencontrer et il a accepté.

Comment expliquer cette frilosité sur le sujet ?

Les clichés ont la peau dure. En France, les victimes sont trop souvent présentées comme étant haineuses ou larmoyantes. Et l’assassin est soit monstrueux, soit victime d’une erreur judiciaire.

Que retenez-vous de ces conversations avec Jean-Marc Deperrois ?

Ce qui m’a le plus étonné, c’est vraiment sa méconnaissance du dossier criminel. Il semble être incollable sur le cyanure, il polémique sur le sujet, se braque sur des éléments scientifiques qui ne servent en rien sa ligne de défense. Moi j’ai essayé d’insister sur les autres éléments manquants et de l’interroger là-dessus. J’ai décidé de le regarder comme un homme, comme il est, avec ses silences, sa façon de se dérober quand on aborde sa vie personnelle. Mais je n’ai rien lâché et je l’ai interrogé point par point. J’avais besoin qu’il aille jusqu’au bout. Ma démarche ne signifie pas que j’estime qu’il est innocent. Et si c’est le cas, c’est à lui d’aller puiser dans ce dossier des éléments qui pourraient convaincre les magistrats. Mais cette rencontre m’a permis de boucler la boucle. C’est l’aboutissement d’un long cheminement.

Votre livre est également une déclaration d’amitié pour votre tout premier avocat, Roger Merle, décédé en 2008. Quel rôle cet homme a-t-il joué dans votre démarche ?

Roger Merle est toujours avec moi d’une certaine façon, et il m’a accompagné tout au long de ce travail d’écriture. C’est grâce à lui si j’ai entamé cette réflexion. J’ai connu après la mort d’Emilie, une période de solitude, j’avais besoin de partir, de marcher, de me déconnecter et Roger a toujours été là pour moi. Dès le départ, il nous a aussi demandé de regarder Jean-Marc Deperrois comme un homme, il nous disait « chaque homme peut commettre une faute ». Dans cette affaire, il a toujours eu un temps d’avance sur les événements, ça a été très important. Il a joué un véritable rôle de guide, il m’a permis de tempérer mes débordements et m’a appris la patience aussi. Il me répétait toujours « Le temps finira par vous donner raison ». Et je le crois toujours.

Couverture de l'ouvrage publié ce jeudi 14 novembre par Corinne Tanay, la mère d'Emilie Tanay empoisonnée au cyanure en 1994.

Vous émettez à l’égard de l’institution judiciaire et de la procédure pénale de vives critiques. Attendez-vous encore quelque chose de la justice ?

La justice est rendue par des hommes avec une personnalité, une sensibilité, des défauts, des qualités. Cette affaire était complexe, notamment d’un point de vue scientifique et je ne crois pas que les magistrats intervenus dans ce dossier ont toujours eu le recul nécessaire. A force de trop s’intéresser au cyanure, ils ont mis à l’écart certains faits. Aujourd’hui, nous nous posons toujours des questions. Je crois que le silence que nous opposent certains protagonistes de l’affaire comporte notre part de vérité. J’espère qu’un jour, ils parleront et briseront ce silence.

Chronologie de l’affaire de la JosacinePas de révision du procès de la Josacine empoisonnée


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