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L’échec du communautarisme à l’île Maurice

L’échec du communautarisme à l’île Maurice

Par Ian Hamel, Port-Louis  

Les islamistes ont été balayés lors des élections législatives de novembre. Qu’il s’agisse de ceux qui appelaient à ne pas voter, comme de ceux qui présentaient une liste communautaire.   

 Dans le quartier commerçant de Plaine Verte à Port-Louis, la capitale de l’île Maurice s’élève toujours la Masjid Al-Aqsa, la plus vieille mosquée du pays, construire en 1806.  Les premiers musulmans, venus de l’Inde, sont arrivés au XVIIIe siècle. Mahé de Labourdonnais, gouverneur de l’île, alors sous domination française, cherchait des artisans pour bâtir le port et ses infrastructures. Aujourd’hui les musulmans (15 à 20 % de la population) constitue l’une des quatre communautés de l’île, avec les Hindouistes (majoritaires), la “population générale“ (qui regroupe les Blancs, les métis et les Noirs), et les Chinois. Quand 1,3 million d’habitants vivent dans l’océan Indien sur un caillou de 65 kilomètres de long et 45 de large, ils cherchent à vivre en bonne harmonie.

Le quartier de Plainte Verte à Port-Louis

Mais depuis quelques années, certains prédicateurs, comme Javed Meetoo, formé au Pakistan, prônent la création d’un État islamique à Maurice et l’application de la charia. En 2018, il a réussi à faire faire annuler la Gay Pride aux cris de « Homosexualité is bestiality »  et « LGBT attire malédiction bon Dieu » (les Mauriciens, indépendants depuis 1968, s’expriment indifféremment en français, en anglais et en créole). En 2019, à l’occasion des élections législatives du 7 novembre 2019, certains groupuscules appelaient les musulmans à bouder les urnes. Des affiches, placardées à quelques pas de la mosquée Masjid Al-Aqsa, leur demandaient de rejeter la loi humaine, assurant que « Voté le 7 = rebellé contre Allah ».

Affiches appelant à ne pas voter

« Les musulmans votent pour les partis nationaux »

Un autre groupuscule, le Font solidarité mauricienne (FSM), ne regroupant, en réalité, que des musulmans, appelaient au contraire à participer à ce scrutin. Ses militants défilaient dans les rues en hurlant « Allah Akbar ». D’autres affiches, qui n’étaient pas signées, dénonçaient les partis politiques traditionnels. Le Mouvement socialiste militant (MSM), au pouvoir, étant accusé de « traiter le Coran d’insanité », et « d’associer la burqa à la prostitution ». Quant au Mouvement Militant Mauricien (MMM), parti d’opposition, il prônerait que « des hommes se marient avec des hommes ». « Ces islamistes radicaux sont ultra minoritaires. La grande majorité des musulmans votent pour les partis nationaux, pas pour un parti islamiste », nous assurait Nabil Moolna, jeune avocat, musulman, et dirigeant du MMM, quelques jours avant le scrutin.

La liste communautaire n’a pas eu un seul député

Le 7 novembre 2019, à 76,84 % les Mauriciens se sont bousculés vers les isoloirs. Ils n’ont jamais été aussi nombreux, qu’ils soient hindouistes, chrétiens ou musulmans. Avec 42 sièges sur 70, le MSM du Premier ministre Pravind Jugnauth a facilement gagné les élections, devançant le Parti travailliste et le MMM. Quant au Front solidarité mauricienne, la liste communautariste, elle n’a obtenu aucun élu, ne réalisant qu’un score anecdotique. Bien que certains quartiers de Port-Louis soient majoritairement habités par des musulmans. Les Indiens hindouistes, venus pour travailler dans les champs de canne à sucre au temps de la colonie (française puis britannique), vivent principalement dans les communes rurales.

Le système des “best losers“

Contrairement à la France, où des hommes politiques de droite ont déposé des propositions de loi pour tenter d’interdire des listes communautaristes aux élections, la classe politique mauricienne n’a pas fait cette démarche. Préférant combattre cette attitude plutôt qu’utiliser le recours à l’interdit par la loi. D’autant que le FSM, pro-musulman, n’a pas été le seul à être boudé par les électeurs. Le Parti Kreol Morisien, appelé à prendre prioritairement la défense des Blancs, des métis et des noirs, n’a pas obtenu non plus le moindre député.

En revanche, Maurice a mis en place le système des « best losers », qui vise à assurer que les minorités bénéficient d’une juste représentation au Parlement. Aux 62 députés élus au suffrage direct, la Constitution prévoit huit sièges supplémentaires attribués aux minorités. Ce sont des candidats appelés « best losers », c’est-à-dire les perdants qui ont fait le meilleur score. Ils deviennent députés, bénéficiant des mêmes droits que ceux qui ont été élus.

La plus ancienne mosquée de Maurice

 

 

    




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